Les groupes du crime organisé au Canada ne sont pas tous organisés de la même façon, mais leurs activités criminelles sont en grande partie réseautées et opportunistes. Elles sont réseautées en ce sens que très peu de groupes peuvent mener leurs activités sans avoir recours à un ou à plusieurs autres groupes ou personnes. Ils font appel à ces groupes ou personnes soit pour avoir accès à un produit essentiel, soit pour obtenir un service nécessaire (p. ex. compétences, personnes-ressources, accès à des routes de contrebande). La plupart des groupes criminels sont également opportunistes, puisqu’ils entreprennent de nouvelles activités et exploitent les progrès technologiques pour faciliter leurs activités criminelles actuelles, ou s’infiltrer dans de nouveaux marchés criminels.
« Tel un cancer, le crime organisé s’attaque aux fondations mêmes de notre société canadienne, en surtaxant le système de santé qui est une conséquence directe de l’utilisation abusive de stupéfiants et de la violence gratuite, en diminuant la crédibilité de nos institutions financières par la voie de délits commerciaux importants et du blanchiment d’argent et, enfin, en ciblant les plus démunis.» Le commissaire adjoint de la |
Les groupes du crime organisé collaborent de plus en plus ensemble pour mener leurs activités criminelles. Il s’agit habituellement d’une relation temporaire établie pour répondre à un besoin mutuel. Une fois ce besoin satisfait, la relation est rompue ou instaure, au contraire, un climat de confiance pour des collaborations criminelles ultérieures. Dans d’autre cas, la collaboration dure depuis plus longtemps, est plus élargie et est fondée sur des alliances historiques ou des liens personnels. Enfin, la relation entre les groupes peut être fondée sur l’entraide et l’égalité relative, ou la hiérarchie, ce qui signifie qu’un groupe criminel de moindre importance relève ou joue un rôle de soutien auprès d’un autre groupe qui est plus fort, mieux établi et réseauté. Même si très peu de ces relations hiérarchiques sont assujetties à un ensemble de règles et de lois, les bandes de motards criminalisés (BMC), par exemple, possèdent une structure formelle qui régit leurs rapports avec des groupes subalternes. Essentiellement, ces derniers servent à former la nouvelle génération, à sélectionner les candidats aptes à devenir des membres à part entière et à écarter les indésirables. Ce genre de relation est avantageuse pour le groupe dominant, puisqu’elle permet à ses membres de se faire plus discrets en sous-traitant au groupe subalterne les activités criminelles quotidiennes qui risquent de les exposer aux autorités ou à leurs rivaux. De plus, le groupe dominant reçoit de l’argent, des biens et des services des membres du groupe subalterne.
En ce qui a trait à la dynamique interne des groupes, très peu d’entre eux ont une structure hiérarchique officielle. Nombreux sont ceux qui fonctionnent plutôt selon un schéma cellulaire, oj des membres de gangs exploitent leurs propres entreprises criminelles, indépendamment d’autres membres du groupe et avec des associés qui appartiennent parfois à d’autres organisations criminelles. Les organisations constituées en cellules sont aussi plus résilientes, puisque le démantèlement d’une cellule n’affaiblit pas automatiquement le reste du groupe. Cependant, cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y a pas de chefs au sein de ces organisations.
« Pour la plupart des Canadiens, le« crime organisé » est invisible; c'est une de ses constantes. Par définition, le« crime organisé » renvoie à l'ensemble des efforts coordonnés à l'appui d'entreprises criminelles qui sont fondamentalement contraires aux valeurs et aux principes des citoyens canadiens. Le crime organisé porte préjudice à nos collectivités, prend diverses formes et est lourd de conséquences.» Le Chef Cal Johnston, |
La composition interne des groupes du crime organisé reflète la nature multiculturelle de la société canadienne contemporaine. Même si l’origine ethnique commune demeure le principe d’organisation fondamental pour bien des groupes criminels au pays, le milieu criminel connaît une tendance à la diversification de plus en plus marquée.Autrement dit, il n’est plus surprenant de voir des groupes, auparavant constitués sur une base ethnique commune, comprendre désormais des membres et des associés de diverses origines ethniques. Les groupes nouvellement constitués et ceux qui font leur apparition (pour la plupart des gangs de rue) sont également multiculturels. Il est important de noter qu’au Canada, les groupes naissent dans les rues, les écoles et les prisons de certaines communautés où l’origine ethnique, l’expérience commune ou la situation économique sert de lien social entre ses différents membres. C’est dans ces mêmes écoles, quartiers et prisons que s’établissent et se maintiennent les liens d’amitié (et parfois de conflits) entre les membres du groupe, ainsi que l’identité du groupe.
Les groupes criminels exploitent également des entreprises légitimes, des professionnels et membres de diverses collectivités pour faciliter l’exécution de leurs activités criminelles et le blanchiment de leurs profits criminels. Certaines personnes exploitées ne sont pas conscientes de leur participation au crime organisé, tandis que d’autres, attirées par la rentabilité de leur relation, s’en doutent vraisemblablement, mais gardent le silence ou y participent sciemment et ouvertement.
Bien des membres de groupes du crime organisé hésitent à étaler leurs exploits et leurs associations criminelles, alors que d’autres (souvent des motards criminalisés ou des membres de gangs de rue) cherchent à se distinguer, et à afficher leur mode de vie par leurs vêtements, leurs tatouages et leur comportement. Ceux qui tentent de passer inaperçus essaient de s’intégrer dans leurs collectivités économiques, sociales et culturelles en se créant un personnage légitime, normal et respectable afin de ne pas attirer l’attention des organismes d’application de la loi. Les autres, tout en tentant de se faire discrets, affichent publiquement leur richesse acquise illégalement en s’achetant des résidences, des voitures et des bijoux coûteux.