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Crime organisé et mouvement transfrontalier

Menace

Comme pour tout autre marché, le pouvoir et l’influence d’un groupe du crime organisé dans un marché criminel reflètent son importance et jusqu’à quel point il est indispensable auprès des autres groupes ou personnes. En grande partie, ce pouvoir et cette influence sont fonction de sa capacité d’offrir des services clés ou de mener des activités sur un vaste territoire, le plus souvent au-delà des frontières interprovinciales et internationales. Ces activités définissent souvent le degré d’influence du groupe sur le marché criminel au sein d’autres villes, provinces et régions. C’est à partir des principaux centres criminels du pays (grands centres métropolitains dans le sud du Québec et de l’Ontario, et dans le Lower Mainland, en C.-B.) que les groupes les plus puissants exercent leur influence et font le lien entre les régions et les marchés criminels nationaux et internationaux. Les autres centres urbains du pays agissent comme centres criminels secondaires pour la distribution des produits de contrebande et l’influence criminelle exercée dans des secteurs plus limités.

Durant les mois d’octobre à décembre 2004, presque 600 000 $USà destination du Canada ont été saisis dans le cadre de trois incidents distincts près de la frontière du Maine et du Nouveau-Brunswick.

Puisque les drogues illicites et les marchandises de contrebande constituent les principaux éléments du marché criminel canadien, la caractéristique essentielle des groupes criminels d’importance est leur capacité de convoyer des marchandises d’un pays à l’autre. Par conséquent, les groupes du crime organisé continueront d’élaborer des stratégies pour exploiter les frontières du Canada, et convoyer illégalement des personnes et divers types de produits de contrebande, tels que des drogues illégales, des armes à feu et des devises non déclarées, tant au Canada qu’à l’étranger. Dans certains cas, notamment aux ports et aux aéroports du Canada, les groupes du crime organisé parviennent à mettre ces stratégies en oeuvre grâce à quelques travailleurs légitimes sous leur influence.

Survol des activités criminelles dans les ports maritimes, les aéroports et les zones frontalières terrestres

Les organisations criminelles exploitent les ports maritimes pour faire entrer au Canada des marchandises de contrebande, des drogues illicites en particulier. Malgré le fait qu’historiquement, les trois plus grands ports à conteneurs du pays (Vancouver, Montréal et Halifax) ont été d’importantes sources de préoccupation en raison de la grande quantité de navires à charge commerciaux qui y accostent, il ne faut cependant pas oublier que tous les ports maritimes canadiens qui reçoivent des marchandises de l’étranger sont potentiellement vulnérables à l’exploitation du crime organisé. Les groupes criminels peuvent utiliser tous les moyens de transport maritime, comme les paquebots de croisière, les traversiers, les bateaux de pêche et les embarcations commerciales et privées.

Même si les organismes d’application de la loi ont mené plusieurs opérations fructueuses au cours des trois dernières années, certains groupes criminalisés ont réussi à maintenir une présence directe ou indirecte dans les trois plus grands ports du pays, par le biais de personnes qui occupent des postes stratégiques leur donnant accès à la marchandise. Ces individus travaillent directement pour eux ou appartiennent à d’autres groupes et leur rendent des services.

En décembre 2004, 52 kilogrammes de cocaïne ont été saisis lors d’une fouille intensive à bord d’un bâtiment dans le port de Belledune au Nouveau-Brunswick. Le bâtiment transportait du charbon et est arrivé au port de Belledune à partir de Maracaibo, au Venezuela. Il se rendait à un port maritime du Québec. Deux sacs en plastique contenant de la cocaïne ont été découverts dans la section des coffres de bord sous la ligne de flottaison du bâtiment dans un endroit accessible uniquement aux plongeurs.

La cocaïne, l’héroïne, l’opium, le haschich et l’ecstasy sont les drogues illicites que les organismes de l’application de la loi trouvent le plus souvent dans les ports maritimes canadiens. D’autres produits, comme le tabac illicite et les produits de contrefaçon, de même que des migrants clandestins, ont été interceptés aux ports maritimes. Les groupes criminalisés utilisent aussi les ports maritimes pour exporter des produits comme des véhicules volés, particulièrement de marques de grande valeur, qu’ils dissimulent dans des conteneurs maritimes pour les envoyer dans les Caraïbes, en Europe de l’Est et en Asie. Le transport des conteneurs maritimes demeure un problème majeur pour les organismes de l’application de la loi puisqu’il représente le principal moyen de transport international pour les produits commerciaux.

Tous les aéroports internationaux canadiens courent le risque d’être exploités par des groupes du crime organisé pour faire entrer au pays des produits illégaux et des migrants clandestins. Les trois plus grands aéroports internationaux au Canada (Montréal,Toronto et Vancouver) représentent un défi de taille pour les organismes de l’application de la loi en raison du grand nombre de voyageurs et des grandes quantités de marchandises qu’ils reçoivent chaque jour en provenance de nombreux pays, dont plusieurs sont des sources ou des points de passage potentiels pour les produits de contrebande et les migrants clandestins. Semblables à de petites villes, ces gros aéroports occupent une grande superficie et regroupent de nombreuses entreprises qui accomplissent différentes fonctions et qui, collectivement, emploient des milliers de personnes, dont certaines peuvent être vulnérables à l’exploitation criminelle.

On trouve aux aéroports internationaux des migrants clandestins qui tentent d’entrer au Canada, parfois dotés de faux papiers, et bénéficiant souvent de l’aide de groupes du crime organisé, particulièrement des groupes de souche asiatique installés au Canada et ailleurs dans le monde. Certains migrants clandestins tenteront ensuite d’entrer aux États-Unis. L’héroïne, la cocaïne et l’ecstasy sont les drogues illicites que les organismes de l’application de la loi trouvent le plus souvent dans les aéroports internationaux. Parmi les autres produits de contrebande qu’ils y trouvent, mentionnons les bijoux non déclarés et les produits de contrefaçon.

Des individus, souvent associés au crime organisé, tentent de faire entrer des drogues illicites au Canada en les dissimulant par exemple dans des valises à double paroi, sur eux-mêmes ou à l’intérieur de leur corps ou dans un fret. De plus, il arrive que des drogues illicites soient cachées à l’intérieur de l’avion ou dans des bagages non-enregistrés. Cette méthode de trafic ne peut se faire sans la participation d’employés, fort probablement corrompus, dans l’aéroport de départ et d’arrivé pour la dissimulation et la récupération des drogues illicites.

La plupart des groupes du crime organisé sont impliqués dans l’exploitation des frontières terrestres, directement par leurs propres membres ou indirectement en recevant des produits de contrebande passés par des particuliers ou par des intermédiaires qui travaillent à titre indépendant ou à contrat. Des produits de contrebande, des devises non déclarées et des migrants clandestins traversent illégalement la frontière canado-américaine dans les deux sens. Ces produits peuvent être dissimulés dans le grand volume de trafic voyageurs et commercial qui traverse chaque jour des points d’entrée désignés, ou être traversés clandestinement entre deux points d’entrée licites. Dans ce dernier type de traversée, les contrebandiers utilisent divers moyens, comme des personnes qui passent avec des sacs à dos, des véhicules tout-terrain, des motoneiges, des aéronefs, des camionnettes et de petites embarcations.

De plus, l’emplacement géographique unique de certains territoires autochtones, qui enjambent ou jouxtent la frontière, est exploité pour faciliter ce type de crime.

Répercussions socio-économiques

Un grand nombre des produits illicites distribués dans les collectivités canadiennes ne sont pas fabriqués au pays et doivent être introduits clandestinement. Ce type de criminalité frontalière peut affecter directement les communautés avoisinant la frontière en raison de la violence perpétrée par les groupes criminalisés et du recrutement, par ces derniers, de résidents locaux. Puisque les produits de contrebande sont distribués par des criminels, la contrebande a des effets dans l’ensemble du Canada. La frontière est la première ligne de défense du Canada contre de nombreuses activités criminelles perpétrées par les groupes criminalisés. Les interceptions à la frontière sont directement profitables à toute la communauté de l’application de la loi du Canada dans sa lutte contre le crime organisé; elles nuisent à l’efficacité criminelle des groupes criminalisés et réduisent leurs gains.

« L’ASFC reconnaît que les membres du crime organisé participent à l’irruption illégale de biens et à l’entrée clandestine de personnes au Canada et appuie le concept de partenariat et de groupes multidisciplinaires afin de lutter contre le crime organisé et l’activité criminelle, y compris le terrorisme.»

Roger Lavergne, Directeur,
renseignements frontaliers,
Agences des services frontaliers
du Canada (ASFC)

L’entrée illicite au pays de produits de contrebande comme l’alcool et le tabac prive les gouvernements fédéral et provinciaux de recettes fiscales potentielles. De plus, l’entrée et la distribution clandestines de produits de contrebande peuvent contribuer à la corruption de représentants et de professionnels des secteurs public et privé. Ces activités et leurs incidences négatives exigent le déploiement d’importantes ressources de la part des organismes de l’application de la loi afin de surveiller et de tenter d’enrayer ces activités illégales.

La contrebande effectuée par les groupes criminalisés peut avoir des effets directs sur les communautés proches de la frontière. Certains territoires frontaliers autochtones, en particulier, ont été ciblés par des organisations criminelles et sont exploités soit comme points de passage, soit comme centres d’entreposage ou de distribution des produits de contrebande.

Quel que soit le type de communauté, cette activité criminelle et l’intrusion du crime organisé peuvent potentiellement créer des tensions entre un petit groupe d’individus impliqués dans l’activité criminelle et le reste de la communauté, qui perçoit cette dernière comme une influence corrompante et indésirable. De plus, les jeunes membres de la communauté risquent d’être attirés par les avantages matériels de la criminalité, supérieurs à ceux qu’offrent les emplois légitimes.


Technologie et criminalité