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Conclusion

Le rapport de cette année est passablement différent de celui des années précédentes en soulignant les activités illicites du crime organisé, ainsi que leurs répercussions négatives pour les Canadiens et Canadiennes, plutôt que de mettre l’accent sur les diverses organisations criminelles correspondant à des grandes catégories géographico-culturelles. Cette nouvelle approche encourage une meilleure appréciation des dynamiques changeantes au sein des groupes du crime organisé et des marchés criminels. Cela ne veut pas laisser suggérer toutefois que les intervenants et les groupes derrière les activités criminelles ont perdu toute pertinence pour nous aider à mieux comprendre et contrer la menace du crime organisé au Canada.Au contraire, toute compréhension du crime organisé serait incomplète sans une compréhension des activités criminelles et de leurs auteurs. Il importe toutefois de se rappeler que la menace véritable du crime organisé découle des activités criminelles auxquelles ils se livrent et des profits qu’ils peuvent en tirer. Le rapport de cette année fait état de l’engagement soutenu du SCRC à attirer l’attention sur les vastes répercussions négatives, mais souvent subtiles, du crime organisé sur la vie des Canadiens et Canadiennes.

Le marché du crime organisé au Canada ressemble en de nombreux points à des éléments du marché légitime, avec sa diversité d’acteurs et de groupes se livrent concurrence pour s’accaparer une part plus vaste de divers marchés. À l’instar des entrepreneurs dans le marché légitime, les organisations criminelles rechercheront activement et tenteront d’exploiter les occasions de gain possible. Cet opportunisme, qui est l’élément moteur du crime organisé, explique pourquoi la menace évolue constamment; l’une des caractéristiques du crime organisé est sa capacité d’adaptation aux conditions de son milieu qui est en évolution constante. L’exploitation des progrès technologiques, notamment d’Internet, illustre comment le crime organisé adapte ses méthodes et ses entreprises criminelles afin d’utiliser les outils et moyens nouveaux pour se livrer à ses activités criminelles.

Les forces économiques de l’offre et de la demande qui animent les commerces légitimes sont aussi présentes dans le marché illégitime. Que la demande soit pour des produits aussi divers que les produits du tabac ou les DVD contrefaits à bon marché, les armes de poing illicites ou la pornographie juvénile, la drogue illégale ou les fausses cartes de crédit, les éléments du crime organisé la combleront et exploiteront tout marché de marchandises ou de services illégaux. Peu importe le marché criminel, le dénominateur commun toutefois est toujours l’appât du gain, qui touche en bout de ligne tout le pays, soit ses citoyens, ses institutions, sa prospérité économique, et son tissu social.

Même si la violence est souvent employée à des fins de discipline interne et de règlement des différends dans le monde interlope, elle se limite rarement à ce milieu, car la violence entre les criminels a souvent lieu dans l’espace dans lequel évolue la communauté. Lorsque la communauté devient le champ de bataille entre groupes criminels, les simples citoyens et leur famille sont les véritables victimes de la violence entre gangs. Dans certains cas, la violence ou les menaces sont utilisés délibérément pour créer et maintenir un climat de crainte dans la communauté, visant à décourager les citoyens de prendre des mesures contraires aux intérêts des groupes criminels. Le trafic d’armes touche directement la sécurité des communautés et fournit aux groupes criminels des instruments de violence extrême pouvant tout aussi bien causer la mort de passants innocents que des cibles visées. La violence et le manque de civisme dans les communautés canadiennes sont souvent directement liés au trafic de drogues. Qu’elles soient la cause ou un symptôme du trafic de drogues, la violence et les autres activités criminelles revêtent diverses formes, notamment : introductions par effraction dans les maisons et vols qualifiés par des drogués désespérés, luttes de territoire entre gangs rivaux pour la domination du trafic de drogues et seringues usagées jonchant le sol des parcs communautaires.

La plupart des Canadiens et Canadiennes reconnaîtraient facilement ces conséquences plus visibles du crime organisé dans leur communauté. Cependant, les répercussions du crime organisé ne se limitent pas simplement à l’évidence et dépassent largement la violence caractérisée dans nos communautés. Le crime organisé a une incidence prépondérante et vaste sur la société canadienne, laquelle se manifeste de façon dramatique et évidente, ou subtile et dissimulée. En fait, les répercussions les plus puissantes du crime organisé sont souvent les moins apparentes. Ces répercussions sont souvent subtiles ou dissimulées pour une très bonne raison: le crime organisé réussit largement en opérant dans l’ombre, en espérant d’éviter d’attirer l’attention indue de leurs victimes principales, le public canadien, et l’examen de ceux chargés de le protéger, les organismes d’application de la loi.

L’incidence économique du crime organisé est immense. Le trafic de la drogue a une incidence considérable sur un nombre important de drogués au pays, et entraîne une perte incalculable de productivité en plus de surtaxer les ressources des soins de santé. Les tentatives de camouflage des produits de la criminalité peuvent entraîner la fuite de l’économie légitime, ou du pays carrément, de sommes inconnues d’argent canadien. En outre, lorsque les produits de la criminalité intègrent l’économie légitime par le biais de commerces liés au crime organisé, les compagnies canadiennes légitimes en souffrent car elles subissent une concurrence injuste. La contrefaçon de produits et le piratage non seulement ont un effet dévastateur sur divers secteurs de notre économie, mais aussi peuvent dans certains cas exposer les Canadiens et Canadiennes à des risques de blessures graves, ou de décès même, en raison de l’utilisation d’appareils électroniques, de médicaments ou de pièces d’autos contrefaits dangereux. Bien que certainement moins dramatique que la violence dans les rues des communautés, le vol d’identité est un crime qui a atteint de vastes proportions au cours des dernières années et qui entraîne des pertes s’élevant à des millions de dollars par année. Les victimes de violence peuvent être également cachées à la vue du public. L’exploitation sexuelle des enfants ou le trafic de personnes par le crime organisé a des répercussions incalculables sur la vie des victimes et de leur famille, et constitue un affront aux valeurs canadiennes et aux droits fondamentaux de la personne.

Qu’elles soient apparentes ou dissimulées, les répercussions négatives des activités du crime organisé touchent tous les Canadiens et Canadiennes. Ce rapport à chercher à souligner quelques unes des innombrables façons que le crime organisé affecte directement ou indirectement le pays, ses institutions, ses citoyens et ses communautés. Le crime organisé n’est pas seulement un amalgame de groupes et d’acteurs spécifiques; il inclut aussi les marchés criminels, des réseaux et des infrastructures nationaux et transnationaux, des méthodes et des outils, des normes et sous cultures criminelles. Le crime organisé doit donc être compris dans son contexte. Ceci est aussi un élément central de l’application de la loi axée sur le renseignement, c’est-à-dire une stratégie qui se veut préventive et anticipatrice. L’application de la loi axée sur le renseignement, guidé par la collectivité du SCRC, est le plus utile des outils pour combattre le crime organisé au Canada.